Le jeu de Go et l’immobilier

01/03/2019

On dit que le jeu chinois de Go est le plus intellectuellement complexe des jeux de société. Récemment, un ordinateur a battu pour la première fois un champion de Go.

Quelques jours avant décédait Marvin Minsky (1927-2016), enseignant au MIT depuis les années soixante, pionnier de l’intelligence artificielle. Ses connaissances dans de multiples disciplines comme l’informatique, les mathématiques ou … la musique, l’ont amené à être en 1959 le co-fondateur du MIT Artificial Intelligence Project et en 1986 l’un des pères fondateurs du MIT Media Lab, dédié aux innovations de rupture (disruptive technologies). Ces innovations ont la particularité de chercher l’optimisation d’un savoir-faire largement existant. Des connaissances transversales y sont fondamentales, car il s’agit souvent de transposer les développements accomplis dans un secteur économique à un tout autre secteur.

Aucun acteur économique actuel ne peut se désintéresser de la recherche d’innovation de rupture dans son secteur, particulièrement si son offre s’articule fondamentalement autour d’un noyau technologique.

Qu’en est-il du développement de l’intelligence artificielle dans le domaine immobilier ? On peut résumer la situation de la manière suivante : Pour que l’effort d’une telle démarche en vaille la peine, il faut un large bassin de données pertinentes à disposition. Or, l’histoire du marché immobilier a favorisé jusqu’ici un important fractionnement des données, en raison de leur collecte par de multiples organismes (régisseurs, fiduciaires, administrateurs etc.) et la quasi inexistence de normes standards quand à leurs organisation et traitement. Cela rend leur accès particulièrement difficile. Cette situation, qui n’est pas spécifiquement helvétique, favorise les grosses structures au dépens des petites. Par leur taille importante, elles peuvent assumer les coûts de l’administration de leurs immeubles et ainsi collecter sans difficulté les données qui s’y rapportent. Or, sans accès aux données, pas d’intelligence artificielle car les données constituent le carburant de la réflexion. Pour combien de temps encore ?

L’immobilier constitue l’un des principaux secteurs de l’économie et l’un des moins transparents. En regard des autres secteurs, cette situation apparaît insolite et sans véritable fondement. Les professionnels le constatent de plus en plus, mais les habitudes de travail et l’organisation traditionnelle du marché rendent difficile toute évolution. Il semble donc que seule l’influence de forces extérieures, comme de nouvelles réglementations ou de nouvelles attentes des acteurs nées au contact d’autres secteurs, soit susceptible de provoquer de substantiels changements.

Le secteur financier, confronté à une situation analogue, avait contourné l’obstacle en élaborant des standards. Ce n’est possible que si l’industrie en reconnaît la nécessité. Or, ce n’est de toute évidence pas encore le cas. Il faut bien avouer qu’une certaine transparence ne fait pas que des heureux, à part évidemment les propriétaires. Or on a vu plus haut que leur place au sein de l’économie immobilière est loin d’être évidente.

On en vient naturellement à penser que, sans une organisation forte des propriétaires, rien ne bougera car, dans l’économie immobilière, personne n’a autant qu’eux intérêt à la transparence.

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